Les récents et nombreux travaux sur Robespierre montrent – dans une mesure et un degré différents - un intérêt pour les mots chez Robespierre. Robespierre fait très attention à l'usage des mots. Dans son dernier discours devant la Convention (8 thermidor an II), il dénonce les « effets magiques » du mot «dictature». Abordant la question du « gouvernement représentatif » lors du débat sur la Constitution (10 mai 1793), il insiste avec force que « ce mot a besoin d'être expliqué, comme beaucoup d’autres ».
Les mots que je vais analyser ici ont été utilisés par Robespierre principalement dans l'espace public (discours à l'Assemblée, au club des Jacobins, journaux et circulaires) et sont soumis à des censures préventives et des mesures rhétoriques qui nous rendent particulièrement difficile l'accès au monde intérieur de ses sentiments et émotions. Même les mots qui découlent de ses lettres nous disent peu de choses, voire rien du tout, sur ses émotions, car les lettres dont nous disposons et qui ont été insérées dans les Œuvres, ne sont pas des lettres strictement privées, intimes, personnelles.
Les mots que je vais analyser sont donc importants dans la mesure où ils nous permettent de reconstruire la pensée politique de Robespierre. En revanche, ils ne nous donnent pas d'indications suffisantes sur la dialectique entre passions, émotions, croyances, théories et situations concrètes, réelles ou perçues, qui se trouve au cœur de tout agir politique.
Les mots que j’ai choisis sont tous des mots à fort teneur sociopolitique. Mon exposé suivra un critère alphabétique.