Cette contribution se penche sur le récit de l'expérience missionnaire en Nouvelle-France que l'ursuline Marie de l'Incarnation (Tours, 1599 - Québec, 1672) livra dans l'autobiographie spirituelle, la Relation de 1654, qu'elle rédigea à Québec, où elle avait fondé le premier monastère d'ursulines et le premier institut scolaire féminin du Nouveau Monde une quinzaine d'années plus tôt. La Relation, qui s'inscrit dans l'une des pratiques de la direction spirituelle de l'époque et qui s'inspire du modèle hagiographique, apparaît comme une œuvre originale dans la mesure où les traits d'un discours mystique se mêlent à certains aspects de l'écriture de voyage. Le métissage générique se réalise par des déviations de la norme énonciative de l'autobiographie spirituelle et par l'adaptation féminine de stratégies discursives et de thèmes qui caractérisent les textes des voyageurs et des missionnaires en Amérique entre le XVIe et le XVIIe siècle. Le récit de l'expérience missionnaire de Marie de l'Incarnation nous amène à repenser la production hodéporique de l'époque dans une perspective de genre.