Un lieu commun assez répandu, et rarement mis en discussion, des études « prescriptives » sur la traduction voit le respect du texte de départ et une reproduction la plus attentive possible de la différence de la langue-source comme des priorités indiscutables. Or, il est des situations où – tout en gardant une fascination certaine – ces préceptes deviennent difficiles, sinon impossibles, à appliquer, et parfois même nuisibles pour cette altérité même qu’ils souhaitent préserver. La traduction théâtrale constitue précisément un de ces cas. L'article part d’une constatation de ce genre, à laquelle nous nous sommes confrontés lors de la publication récente d’un ouvrage recueillant les textes de quatre auteurs dramatiques québécois qui étaient tous inédits ou quasi-inédits en Italie. Il cherche à motiver le choix traductif que nous avons adopté à cette occasion, et qui a normalisé les traits les plus franchement québécois des textes recueillis; il cherche, aussi, à défendre une position traductive qui, tout en gardant un côté annexioniste, se veut cependant éthique et poétique, pour reprendre deux termes bermaniens souvent cités.