La peau familière (1983), premier recueil de poésies de la québécoise Louise Dupré, aborde efficacement la thématique du corps-fragment, en s’inscrivant d’emblée au sein des écritures métaféministes et postmodernes des années 1980. Dans cette oeuvre initiatique, où la fragmentation du corps féminin correspond à une fragmentation de la parole, la poète exprime son engagement féministe à travers l’image kaléidoscopique d’un corps féminin inexorablement brisé: la femme moderne décrite dans le texte est en effet aux prises avec des réalités traumatisantes et douloureuses (la guerre, la mort, la violence de genre), mais en même temps avec les contradictions de la maternité et l’extase du désir érotique. Si la figure du corps-fragment devient, chez Dupré, le paradigme thématique le plus emblématique pour représenter la femme contemporaine et sa complexe dimension physique, elle va revenir également dans ses publications successives, en consacrant l’écrivaine comme une auteure de la corporalité prolifique et originale.